Le Roman

Cher Camarade – Olen Steinhauer

J’ai fini ce roman de Olen Steinhauer depuis quelques semaines mais j’ai souhaité, comme je le fais souvent lorsqu’une histoire me parle, laisser reposer quelques temps. C’est toujours meilleurs réchauffé !


Car en dehors de l’affaire sur laquelle enquête le jeune Emil Brod, derrière la vie quotidienne de ce jeune bizut de la police d’un enigmatique pays de l’Est, il y a des messages dans ce roman. Rappel de la quatrième de couverture : Emil Brod, vingt-deux ans, a passé ses années de guerre dans l’Arctique à dépecer des phoques au milieu de brutes alcooliques et féroces. C’est pourtant avec une certaine naïveté qu’il rejoint en 1948 la Capitale et entre à la Première Section de la Brigade criminelle. L’hostilité qu’il rencontre de la part de ses collègues plus âgés, tous des durs à cuire issus du régime, est un mur. On le frappe. On l’humilie. Il ne comprend pas. Comment, dans ces conditions, résoudre sa première affaire ? Le plus grand compositeur patriotique du pays a été salement tué. La marge de manœuvre d’Emil, entre la vérité des faits et les intérêts du pouvoir, est infime. Il lui faut pourtant survivre. Il apprend vite. Il a l’âme d’un Slave. Son entêtement n’aura d’égal que son besoin d’aller jusqu’au bout.

Après la Deuxième Guerre mondiale, Emil Brod apprend donc son métier d’inspecteur dans un jeune pays socialiste du Bloc de l’Est. Il doit faire preuve de courage et d’abnégation face à des collègues peu sympathiques et méfiants, et déjouer les plans d’un supérieur entièrement dévoué à la cause du socialisme d’Etat.

On apprend beaucoup de choses sur l’ambiance qui règnait après-guerre à l’Est, quand les Alliés et le Bloc de l’Est se disputaient Berlin et que les opportunistes de tout poil s’arrogeaient les meilleurs places, au besoin en employant la terreur. La tâche d’Emil consiste d’ailleurs à confondre un futur grand ponte du bureau politique du Comité central.

C’est aussi l’histoire de ces hommes qui devaient faire des choix pour sauver leur peau. Prendre des directions qui pouvaient être jugées par l’Histoire. On se pose toujours la même question : si j’avais été Allemand en 36, aurais-je été Nazi ? Et si j’avais vécu en 42, aurais-je risqué ma vie dans le Maquis ? Il faut être prétentieux et culotté pour se faire passer pour un héros posthume. Je reprends cet extrait :

 

D’autres font les règles. Nous essayons seulement de nous en accommoder.


Et dans cette affaire, le truand est deux fois héros de guerre : d’abord pour les Nazis, puis pour les Russes. Pour sauver sa peau de misérable, il a sacrifié sa femme juive, morte à Mauthausen. Un exemple parmi d’autres du vil esprit de l’homme.

Dans ce livre, il y a aussi ceux qui passent complètement à côté de l’Histoire :
Pour Avram Brod [le grand père d’Emil], il y avait deux événements dans l’Histoire : la révolution russe et la guerre patriotique […]. Les deux fois il était arrivé trop tard pour en mourir.

Et je terminerai par ce passage :

 

C’est ça le problème avec l’Histoire. […] Quand tu es en plein dedans, tu ne t’en rends même pas compte. Tu t’inquiète de l’argent, de la nourriture et du loyer. Mais regarde autour de toi, mon garçon. On est en train de la vivre là, maintenant.

(Version originale : The Bridge of Sighs, 2003)

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