Culture et (dé)confiture

Une Star Academy du livre ?

L’aigreur fait souvent écrire bien des bêtises. Nous en avons encore la preuve avec la dernière idée loufoque de Lise-Marie Jaillant, alias Wrath : La Star Bookacademy, pourquoi pas ? Bon, bien évidemment on peut avoir et soumettre ses idées les plus folles (pour les détracteurs) ou les plus innovantes (pour les supporters), mais encore faut-il qu’elles trouvent une application intelligente.

Lise-Maire est un auteur qui n’a pas eu l’écho escompté en France et qui s’est donc exilée en Angleterre, le pays où l’herbe est plus verte. Depuis elle fustige le microcosme édition-écrivains français avec souvent une virulence qui n’a pas lieu d’être à mon sens. Je cède parfois à cette tendance aussi mais adoptant plutôt le style d’un La Fontaine. Ce microcosme me fait doucement rire et j’ai depuis toujours eu le parti de la moquerie. Je n’ai rien contre les croisements entre cousins, mais ça fini par faire des cas de trisomie : entendez par-là qu’elle enfante des Trissotins et des Tricotins. Et d’ailleurs, ce qui est valable pour l’édition l’est aussi dans n’importe quel domaine : voyez la reproduction des élites au sein de l’ENA et de HEC, et ce qu’elle donne au niveau de la vie des affaires…

Le raisonnement de Lise-Marie est de dire que puisque règne le népotisme entre des éditeurs très parisiens et des écrivains très people, il faut donner la parole aux lecteurs. En utilisant pour cela la technologie Internet. C’est la grande vogue des artistes choisis par les Internautes, alors pourquoi pas les écrivains ? Avec en préalable, une formation des candidats au creative writing. Oui, mais…

Cela part d’un bon sentiment mais se heurte à plusieurs évidences qui nous rappellent à quel bas niveau est tombé la culture dans notre beau pays des sciences et des lettres. D’abord sur l’analyse de la situation, la France a quand même obtenu cette année le Prix Nobel de littérature, ce qui n’est pas rien. Et avec six à neuf cent fictions à chaque rentrée littéraire, on ne peut pas dire que nous n’ayons pas le choix. Ensuite, il y a une contradiction entre la vision anglo-saxonne de Lise-Marie (libérale) et le principe de mettre une barrière à l’entrée dans le monde des écrivains : le libéralisme anglo-saxon ne peut pas supporter qu’un secteur d’activité soit réglementé. Alors un diplôme pour écrire…

On peut se demander si, avec un tel système, des écrivains comme Hugo, Cioran ou Nietzsche seraient publiés aujourd’hui. Le lecteur aura tendance à choisir des écrits faciles d’accès et laissera donc de côté d’autres productions qui méritent néanmoins que l’on s’y attarde. Et c’est un mangeur de thrillers qui vous le dit ! Et si je voulais être méchant, je pourrais aussi me demander si Lise-Marie aurait des chances de sortir victorieuse de sa Book Academy… Mais je ne suis pas méchant, hein ?

Le raisonnement de Lise-Marie ne tient pas debout car le domaine littéraire ne peut tout simplement pas se résumer à un marché. Si c’était le cas, toutes les maisons d’éditions seraient prospères. Tous les genres littéraires s’épanouiraient dans une harmonie bucolique. Oui, le monde serait parfait et tout le monde serait content. Mais voilà, ce n’est pas comme cela que ça marche ! Non seulement il n’y a pas un mais des lecteurs, mais en plus, chaque lecteur est multiple. J’aime les thrillers, mais pas ceux avec trop d’érotisme, pas ceux qui sont trop longs, pas ceux qui ne parlent pas d’histoire, pas ceci et pas cela. Je ne lis pas que des thrillers, j’aime aussi la grande littérature du XIXème siècle. Ce qui fait chier le marché, c’est que le lecteur est en fait insaisissable. Tout le monde, ou presque, mange du pain, du beurre et un dessert dans la journée. Mais tout le monde ne lit pas la même chose. Et cela pose un problème aux dogmes du libéralisme.

Bref, la littérature est un art. Les lecteurs sont des esthètes. Et cela, qu’ils lisent un Arlequin ou un Soljenitsyne.

Alors je ne suis pas contre une Book Academy. D’ailleurs ce genre de chose commence à poindre son nez sur Internet. Mais ce ne sera qu’une source de plus pour éditer. Elle ne garantira pas la qualité et encore moins la pérennité d’un auteur. Même avec des cours accélérés de creative writing ! Le talent de l’écrivain ne s’apprend qu’avec le temps.

Une Book Academy ne pourra que suivre le même destin que la Star Academy. Pas terrible…

2 réflexions au sujet de « Une Star Academy du livre ? »

  1. L’idée est « gentille ».Mais effectivement je vois mal comment ont pourrait mettre une telle idée en application et en quoi cela pourrait aider la production littéraire.

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  2. Vu comme ça, en effet…… « Que le client décide », dites-vous, relayant Wrath. Mais finalement, n’est-ce pas déjà le cas? Une entreprise qui ne tiendrait pas compte des attentes de sa clientèle est vouée au bide. Reste à cerner les contours de celle-ci. Et là, je vous rejoins: les lecteurs sont (ou peuvent être, souvent) des esthètes.

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