Le Roman

Le remède Bleu de Kenneth White

La lettre W du Challenge ABC !

Pour mon premier auteur dans ce challenge, j’ai choisi volontairement de l’aborder de façon intimiste. Je suis un gros lecteur de thrillers et de non-fiction, mais quelques écrivains « classiques » ont forgé mon caractère. N’ayons pas peur des mots ! Kenneth White en fait partie. Ce sera sans doute la seule fois où je me dévoilerai un peu, une façon de me présenter. Et, surtout, une façon de vous souhaiter une heureuse année 2009, avec cet ouvrage intemporel de Kenneth White : La Route bleue !

6a00d4142ab1e83c7f0109810c5be0000c_200piJe choisis parfois un livre parce-qu’il dure tout un voyage. La première fois que j’ai pris La Route Bleue dans mes mains, c’était dans le train qui m’emportait à Colmar, moi le petit lieutenant mal dégrossi. Oui, soixante douze kilos pour un mètre soixante dix-huit à l’époque ! Ce souvenir allait rester moins famélique. A vingt-trois ans, on a forcément des envies irrépressibles de Labrador. Je parle de la région du Canada, et non pas du klébar. D’ailleurs je ne mange pas souvent chinois.

Bref, le Labrador ! Pour l’instant j’y suis allé au moins trois fois grâce à Kenneth White. Non pas qu’il m’y ai emporté dans ses bagages, mais parce que les pages de ce livre m’y ont porté. D’ailleurs, au bout de la cinquième page, je n’étais plus un lecteur lambda mais Kenneth White lui-même. C’est vous dire la force que ses écrits peuvent avoir sur le lecteur.

Sortir. Sortir de soi, comme le papillon de sa chrysalide :

Et merde ! On ne peut pas rester écossais toute sa vie. Il faut savoir sortir de son trou, se mêler au monde.


Oui, le Labrador. La voie vers le Labrador est encore plus attractive que le cheminement vers Dieu. Elle donne des horizons à un jeune adulte de vingt-trois ans :

Pendant longtemps, j’ai essayé de me débarrasser d’un gros livre, un des plus gros qui soient, qui m’écrasait, et de toute la confusion mentale qu’il a engendrée. Je voulais échapper à l’occupation du monde par Jéhovah et par quelques autres. C’est fait. Mais il faut aller plus loin. Aller au Labrador. Oui, c’est là que je boucle la boucle, que je reviens à mon point de départ, que j’avale ma naissance, que je développe tous les négatifs de mon adolescence et que je jette un sérieux coup d’oeil à mon Visage Originel.
Ce qu’il me faut avant tout en ce moment, c’est de l’espace, un grand espace de vie pour la méditation ultime.


6a00d4142ab1e83c7f010980b739c2000b_200piParce qu’il en a plein le dos des nations et des Etats, il faut appeler Kenneth : Ismaël, le nomade intellectuel.Je vous fais une révélation : je suis à peu près étanche au genre poétique ! Mais avec Kenneth, je me permets de l’appeler Kenneth, c’est différent. Il me fait voyager avec et dans la poésie. Celle-ci n’est plus un simple exercice de style mais la synthèse et le support du ressenti. (Nota pour le lecteur : quand j’écris une phrase qui ne veut rien dire, la décence envers mon grand âge doit vous inviter à applaudir !) Bien sûr, mes petites phrases à moi n’ont pas le même poids que celles de Kenneth, elles sont plus ennuyeuses. D’ailleurs :


A quoi ressemble l’ennui ? A une immense table de billard sans joueurs.


Kenneth White nous donne son sentiment par petites touches. Il invente le pointillisme littéraire : faire passer ses idées sans rentrer dans les grandes théories. Transmettre le message sans nous blaser. Ainsi de Mai 68, tout est dit en quelques lignes :

L’édition des Voyages de Cartier que je possède est sortie à Paris en 1968. Coïncidence symbolique. Car beaucoup de ceux qui vivaient en France à ce moment-là souhaitaient la fin d’une culture et le commencement d’autre chose. Mais cette « autre chose » reste encore à inventer. Pour moi, un des aspects de cette transformation consistait à sortir de l’histoire pour rentrer dans la géographie. Aussi, je me mis à lire et à relire tous les vieux récits de voyages sur lesquels je pouvais mettre la main…


Kenneth White pratique un humour qui ne m’est pas étranger : N’êtant pas un homme d’affaires, mais un homme de l’être (hé, hé), je poursuis mon chemin. Inventant des mots cocasses : le chaoticismechaoticisme, un besoin de mots qui transmettent énergie et espace. Le Grand Nord est à chacun ce que l’espace poétique est à un esprit normalisé. C’est aussi Kenneth White qui m’a fait découvrir le haïku. Son roman est truffé de ces petits poèmes très directs et parfois très recherchés :

Je lève les yeux vers le ciel
Toutes ces mouettes
Qui ne cherchent même pas
Un endroit pour chier


Avec Kenneth, j’ai appris à écouter le monde plutôt qu’à essayer de le recouvrir d’une soi-disante modernité. J’éprouve parfois un malaise lorsque j’imagine un monde où il n’y aurait plus d’endroits pour s’abandonner. Les bétonneurs de la modernité n’ont-ils donc plus suffisamment de coeur pour laisser à la nature le soin de bâtir un esprit libre :

Chaque fois qu’un espace vide se présente quelque part dans notre civilisation, au lieu d’y voir une occasion d’approfondir notre sens de la vie, nous nous empressons de le remplir de bruits, de jouets et de « culture ».Ces apparitions [de la route bleue] ont lieu en général dans des périodes de détresse, quand je me sens dérouté. […] Ces signes bleus me remettent sur le chemin profond.
Peut-on sortir maintenant de cette « longue nuit » ? C’est possible – si nous avons fait assez de travail dans un champ qui n’est ni du ressort de la « pensée », ni de celui de la « foi ».
Le champ du grand travail.
Une sorte de Labrador.
[…]
Je sors saluer le matin et le monde.

Ainsi parle Kenneth White. Et je dédis cette note d’optimisme à tous ceux qui ont besoin de retrouver… La Route Bleue !


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