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Vers un nouveau capitalisme (Partie I)

En ces temps de pessimisme, je souhaite vous apporter l’optimisme d’un personnage qui ne manque ni d’audace, ni d’esprit innovant : Muhhamad Yunus. Je vous conseille de mettre dans une seringue les mots qui vont suivre, et de vous les perfuser chaque matin au lever du soleil.

Fondateur de la Grameen Bank, Yunus, que dis-je, Monsieur Yunus est le vulgarisateur du microcrédit. D’abord dans son pays, le plus pauvre du monde, le Bangladesh, mais aussi dans le monde, car de nombreuses personnes et organisations se sont inspirées de lui. Je vais vous expliquer comment ce modeste prof d’économie, (bon, Docteur en économie tout de même !) a dépassé les dogmes du capitalisme classique pour imposer son action. Pour moi, il fait partie de ces hommes, et de ces femmes, qui donnent ses lettres de noblesse à cette obscure matière qu’est l’économie. Et au delà, son sens de l’entreprenariat mis au service du bien commun donne une autre vision de la politique. Au point d’avoir reçu le prix Nobel de la Paix en 2006.

Yunus est l’inventeur du microcrédit mais ce n’est pas de cela dont je vais parler principalement ici. Un simple rappel sur ce qu’est le microcrédit cependant : [Il] consiste à aider les pauvres à créer une petite activité économique en leur accordant un prêt d’un montant réduit, souvent limité à 30 ou 40 dollars américains, ce sans exiger de garantie. Même à cette échelle, l’accès au capital peut transformer des vies humaines. De nombreux pauvres sont capables d’utiliser la modeste somme qui leur est prêtée pour lancer une activité prospère – une petite ferme, un atelier d’artisanat, une petite boutique – qui leur permettra de sortir leur famille de la pauvreté. J’ai commencé à prêter de l’argent aux pauvres – et surtout aux femmes – il y a trente et un ans. Depuis lors des millions de familles au seul Bangladesh ont amélioré leurs conditions d’existence grâce au microcrédit. (p 13)

Notre économiste, alors qu’il parcoure le monde pour « vendre » le principe du microcrédit, se voit invité à la table du président de Danone, Franck Riboud. Sur une poignée de mains ils décident ensemble de créer la première multinationale alimentaire gérée sur le modèle du social-business. Oui, c’est de cela dont nous allons parler : le social-business ! Mais auparavant, juste un détail, qui compte, la joint-venture « sociale » Grameen-Danone existe et fonctionne à plein régime…

Le concept de social-business n’a rien à voir avec une ONG ou une association à but non lucratif. Il vise le profit comme une entreprise classique, sauf que celui-ci est réinvesti au sein de l’entreprise : Un social-business est conçu et fonctionne comme une entreprise classique : il a des produits, des services, des clients, des marchés, des charges et des recettes. Mais le principe de maximisation du profit est remplacé par celui de bénéfice social. Plutôt que de chercher à amasser le profit financier le plus élevé possible afin de satisfaire ses investisseurs, le social-business cherche à atteindre un objectif social. (p 55)

Parmis toutes les motifs ou raisons qui pourront conduire un individu à créer un social business, il en est un ou une qui me paraît évident. Une réponse à une frustration bien connue des jeunes qui sortent de nos écoles de commerce : gagner beaucoup d’argent n’est plus exaltant. En témoigne, dans un registre proche, l’engouement des jeunes diplômés pour le commerce éthique. Cette motivation est présente aussi chez le chefs d’entreprise qui enregistrent du k-bis au compteur : l’argent, mais pourquoi faire ? Le social-business est une occasion de mettre ses talents au service d’une cause noble. Et va tout à fait dans le sens d’un humanisme assumé.

Bien entendu, le fait que les actionnaires ne touchent pas de dividendes pourrait être un frein. Et bien non ! Lors de la création de la joint-venture avec Grameen, Danone dû expliquer à ses actionnaires qu’ils ne percevraient pas de dividendes dans cette affaire. Ce fut l’occasion de rappeler certains objectifs que le fondateur avait donné à l’entreprise : Une croissance économique soutenable ne saurait être dissociée du développement personnel et de l’expression de valeurs humanistes.

Sortez du cadre et imaginez ce que nous pourrions faire en créant de toute pièce un statut de l’entreprise sociale ! Une entreprise comme GDF Suez ou La Poste pourraient tout à fait fonctionner sur ce principe : l’Etat n’est pas actionnaire et les propriétaires de l’entreprise ont l’obligation de réinvestir les profits. Soit dans la croissance de l’entreprise, soit au bénéfice des clients. On peut d’ailleurs penser que les clients seraient légitimement actionnaires de ce genre de grosse entreprise, monopolistique par nature et par nécessité. Je suis très anthousiaste, pas vous ?

Dans une prochaine partie, je reviendrai sur les idéaux qui ont amenés Yunus à imaginer le social-business.

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