Culture et (dé)confiture

Revue littéraire, ou presque I

Je vais commencer par les mauvaises nouvelles avec la dernière édition du Quid. La maison qui le produit jette en effet l’éponge, au profit… je vous le donne dans le mille… de son édition numérique. Avec la concurrence de Wikipedia et des encyclopédies en ligne, cette issue était à craindre. J’utilise régulièrement ces dernières et je ne vais donc pas jouer les vierges effarouchées. N’empêche que je serai le premier à regretter un jour la consultation pendant des heures et des heures de cette somme de connaissances, allant fébrilement de notes en notes, de renvois en renvois, pour constater, l’air jamais rassasié, qu’il me reste un long chemin à parcourir avant de posséder un jour dix pour cents d’un semblant de culture générale. Et je suis optimiste. En marge de cet évènement et en ma qualité d’entrepreneur, je suis triste de voir disparaître (sur le papier mais pas sur la Toile) une entreprise familiale. A l’heure des concentrations à tout va dans le domaine de l’édition faut-il applaudir cette résistance.

Dans la même veine, Jean-Pierre Archambault s’interroge sur les nouveaux modèles économique de l’édition scolaire. Comment les éditeurs doivent-ils apprendre à recomposer leurs modèles avec des communautés d’enseignants/utilisateurs (comme Sésamat) qui développent des outils logiciels et des ressources très utilisées : L’éditeur est placé dans une situation où les coûts fixes de production, dépensés avant la première commercialisation, sont importants, et les coûts marginaux pour produire et diffuser un exemplaire supplémentaire négligeables. N’étant plus le passage obligé pour qui veut publier, il peut s’appuyer, dans la redéfinition partielle de son rôle, sur ses fonctions traditionnelles de sélection, de regroupement dans des collections, de facilitation de l’accès (thématique par exemple) aux documents… qui subsistent. Il doit partager avec les enseignants la « certification de la qualité », coopérer avec eux autour de la fonction de prescription qui reste fondamentale pour un bien d’expérience dont l’utilisateur ne peut savoir a priori s’il lui convient ou non, indépendamment du fait qu’il est coûteux de rechercher une information, surtout lorsque l’on ne sait pas précisément ce que l’on cherche. L’éditeur peut favoriser la constitution d’espaces publics de production, de plates-formes inter-opérables à base de standards ouverts.

Toujours en matière d’enseignement, je ne résiste pas à l’envie de vous faire partager quelques pensées du prix Nobel 2007 Doris Lessing, écrivain britannique. Dans un article intitulé Comment ne pas gagner le prix Nobel pour le Nobel Found 2007, elle écrit :
Oui, en effet (…). Tous, nous le savons. Nous sommes dans une « culture à fragmentation », où nos certitudes datant d’il y a seulement quelques décennies sont remises en question, et où il est fréquent que les jeunes hommes et les jeunes femmes qui ont bénéficié d’années d’études ne sachent rien du monde, n’aient rien lu (…).
Ce qui nous est arrivé, c’est une invention incroyable : les ordinateurs, Internet et la télévision. Une révolution. Ce n’est
certes pas la première révolution que nous, l’espèce humaine, affrontons. La révolution de l’imprimerie (…) a changé notre vision du monde et nos modes de pensée. Téméraires, nous l’avons acceptée sans réserve, comme toujours, sans jamais nous demander : « Que va-t-il maintenant advenir de nous avec cette invention de l’imprimerie ?« (…) comment nos esprits vont-ils évoluer avec la nouveauté d’Internet (…) ?
Encore très récemment, tous ceux qui étaient un tantinet cultivés respectaient le savoir, l’éducation, et traitaient donc aussi ave
c respect notre grand fonds de littérature. Certes, nous savons tous que, pendant cet état de grâce, les gens faisaient souvent semblant de lire, feignaient de respecter le savoir, mais c’est un fait établi que les travailleurs et les travailleuses aspiraient à lire. (…)
La lecture, les livres faisaient autrefois partie intégrante de la culture générale. En s’adressant aux plus jeunes, leurs aînés doivent mesurer combien la lecture contribuait à l’éducation de l’individu, d’autant que le
s jeunes générations en savent tellement moins. Et si les enfants ne savent pas lire, c’est parce qu’ils ne lisent pas.
Cette triste histoire est connue de nous tous.
Mais nous n’en connaissons pas la fin.
Nous pensons au vieil adage : « La lecture apporte à l’homme plénitude. » (…)
Cependant, nous ne sommes pas le seul peuple au monde. Il n’y a pas si longtemps, je recevais un coup de téléphone d’une amie qui me
disait être allée au Zimbabwe, dans un village dont la population n’avait pas mangé depuis trois jours mais discutait de livres et des moyens de s’en procurer. (…)

Dans un registre plus drôle, je me suis intéressé à l’enveloppe des livres avec tout d’abord l’impressionnante collection de The Book design review qui, pour la deuxième année consécutive, nous fait part de ses trouvailles. Pour ma part j’aime bien la couverture de The Ghost map. Elle me rappelle les vieilles brochures de livres d’aventures. Ensuite, le plus terrifiant, si toutefois l’histoire est vraie, est cette découverte de l’expert en livres anciens Sid Wilkinson de la maison de ventes Wilkinson (Doncaster, South Yorkshire). Il distingue sur la reliure ci-dessous les traits du père Henry Garnet, un prêtre du XVIIème siècle soupçonné malgré ses dénégations d’avoir participé à la conjuration des poudres. condamné et exécuté pour trahison, le jésuite fut écartelé et pendu et la peau de son visage utilisée pour… relier cet exemplaire de A True And Perfect Relation Of The Whole Proceedings Against The Late Most Barbarous Traitors, Garnet A Jesuit And His Confederates, imprimé en 1606 par Robert Barker, imprimeur du roi. Ce volume a été mis aux enchères. Anticipant sur son caractère morbide, Wilkinson de chez Wilkinson a d’ores et déjà répondu en substance : De toute façon, on ne peut plus rien pour lui, maintenant. Gageons qu’il ai coûté la peau du c… à celui qui l’a acheté ! (Il fallait que je l’a fasse, c’était plus fort que moi).

Je termine tout en légèreté avec ce portrait des « mecs à vélo » que nous fait l’impitoyable Candace Bushnell dans l’une des chroniques de son excellent recueil « Sex and the city », ayant inspiré la série à succès éponyme :
« Les mecs à vélo sont une race particulière de célibataires new-yorkais : intelligents, drôles, romantiques, minces et séduisants, ils peuplent les rêves des adolescentes attardées. Un type en tweed sur une bicyclette a quelque chose d’incroyablement… charmant. Surtout s’il porte des lunettes qui lui font des yeux de hibou. il inspire aux femmes un mélange de passion et d’affection maternelle. Mais la médaille a son revers : la plupart des mecs-à-vélo ne sont pas mariés et ne le seront sans doute jamais, du moins tant qu’ils n’abandonneront pas le vélo. »

(…) « Commes les petites amies, les bicyclettes se font sans arrêt piquer à New-York. »

« La bicyclette peut s’avérer un accessoire utile pour séduire une femme. « C’est pratique pour engager la conversation. Et on peut la tripoter pour cacher sa nervosité. » (…)
C’est apparemment aussi un bon indicateur des chances qu’on a de finir au lit. « Une fois je me suis fait incendier quand j’ai proposé de venir à un rendez-vous galant à vélo. A l’inverse, si une femme te dit : »Rentre-le à l’intérieur », c’est drôlement prometteur.
 »

« Les types à vélo, très peu pour moi, dit Magda. S’ils baisent comme ils pédalent, merci bien, la vitesse, c’est pas ça qui compte. »

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