Culture et (dé)confiture

Que signifie « être Français » ?

Que signifie « être français » ?

Cette interrogation, pratiquement intime, a trouvé pour moi un soudain éclaircissement en relisant une page de l’histoire de France : celle de la capitulation de 1870.

La capitulation de Mac-Mahon et de l’empereur à Sedan le 2 septembre 1870 provoque l’insurrection à Paris et la création d’un gouvernement provisoire de Défense nationale, piloté par les républicains modérés Léon Gambetta, Ernest Picard et Jules Favre. La IIIe République est proclamée le 4 septembre et l’on promet de poursuivre la guerre. Mais la capitale est bientôt encerclée par les Prussiens. Le siège de Paris débute le 19 septembre et inaugure la période que Hugo appellera « l’année terrible ».
Gambetta, ministre de la Guerre et de l’Intérieur, s’échappe en ballon le 7 octobre et gagne Tours pour continuer le combat. Si les Républicains sont pour la poursuite de la guerre, Thiers et les conservateurs veulent la paix au plus vite. Et le gouvernement de Défense nationale s’efforce de négocier la paix tout en continuant la guerre, tant que les conditions d’une paix juste ne sont pas réunies. L’ambiance est de plus en plus au renversement du gouvernement provisoire par le peuple parisien, qui, lui, veut se battre jusqu’au bout.
Suite à la pitoyable reddition de Bazaine à Metz et au retour, penaud, de Thiers, chargé par le gouvernement de trouver des soutiens auprès des autres pays européens, une partie des gardes nationaux tentent de prendre l’Hôtel de Ville le 31 octobre au cri de « Vive la Commune » ! avec Blanqui, Delescluze, Flourens, Vaillant, etc. Ils sollicitent l’appui de Hugo, qui refuse. Les armées de Gambetta connaissent quelques succès en province, mais, bientôt, surtout des défaites. La « résistance » fuit Tour pour Bordeaux. Le 28 janvier, l’armistice est signé par Thiers. L’armée française doit rendre armes et canons… Pour les Parisiens, c’est une trahison. Des élections législatives se déroulent le 8 février, afin d’élire une nouvelle Chambre qui va négocier la paix. Celles-ci donnent une majorité conservatrice pour la province, et des députés de gauche pour Paris, dont Louis Blanc, Hugo, Rochefort, Gambetta, Quinet et Garibaldi, arrivé début octobre 1870 avec un corps de volontaires pour défendre la République.
Le 12 février, l’Assemblée nationale se réunit à Bordeaux. Garibaldi doit renoncer à son mandat en raison de sa nationalité italienne. Il est hué par la majorité (monarchiste) des députés. Thiers est désigné chef du gouvernement le 16.
Le 26 février, les préliminaires de paix sont signés à Versailles, stipulant l’abandon de l’Alsace-Lorraine et le versement de cinq milliards de francs-or à l’Allemagne. Le 8 mars, Victor Hugo démissionne en pleine séance de l’Assemblée, après un nouvel incident au sujet de Garibaldi. A ce niveau de l’Histoire, je suis interpelé par la réaction de Hugo, l’un de mes écrivains préférés, et je me mets en quête de son discours, que je vous demande de lire attentivement ; il s’agit d’une lettre qu’il écrit à Paul Meurice :

08 mars 1871, 4 heures.

A Paul Meurice :

Cher ami, évènement. L’Assemblée et la ville sont en rumeur. Je viens de donner ma démission. Voici comment et pourquoi. Garibaldi a été nommé dans je ne sais plus quel département. Le rapporteur est monté à la tribune et a proposé l’annulation de l’élection, vu que Garibaldi n’est pas français. Applaudissements violents de la droite. Le président a dit : Je mets l’annulation aux voix. Personne ne demande la parole?

J’ai dit : Si! Moi.

Profond silence. J’ai bien parlé (vous verrez mes paroles dans le Moniteur). Mais la droite était furieuse. Elle a insulté Garibaldi. Alors j’ai dit : Garibaldi est le seul des généraux français engagés dans cette guerre qui n’ait pas été vaincu. Là-dessus, épouvantable tempête. Cris : A l’ordre! Dans un intervalle entre deux ouragans, j’ai dit : Je demande la validation de l’élection de Garibaldi. Cris plus effroyables encore. à l’ordre! à l’ordre! Nous voulons que le président rappelle M. Victor Hugo à l’ordre! – Tumulte et orage inexprimablement furieux. J’ai fait de la main un geste. On s’est tu. J’ai dit:

– Je vais vous satisfaire. Je vais même aller plus loin que vous (profond silence). Il y a trois semaines vous avez refusé d’entendre Garibaldi. Aujourd’hui vous refusez de m’entendre, cela me suffit. Je donne ma démission.

L’effet a été immense. Ils sont consternés. Vous aurez demain la chose in extenso dans le Moniteur.

A vous ex imo.

Alors « être français » se mesure-t-il au droit du sang, au droit du sol, ou bien, tout simplement, à l’amour que l’on donne, voire au sacrifice que l’on fait pour son pays ? Faut-il avoir obligatoirement dans son ascendance un guerrier Franc ayant culbuté une bergère gauloise pour se revendiquer Français ? J’ouvre le débat…

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