Culture et (dé)confiture

Je me rappelle…

Je me rappelle ces préfabriqués dans lesquels j’étudiais les sciences économiques. Un sauna en été, une glacière en hiver. Ces minutes à attendre, les pieds dans les flaques d’eau, un bus crasseux, dans lequel se concurrençaient les effluves d’aisselles mal lavées et de tabac. Ce capharnaüm dans des amphithéâtres bondés, où la connerie affichée de certains essayait de l’emporter sur l’air faux-savant des autres. Je me souviens de ces foulards gris et blancs estampillé Arafat, portés comme des étendards par une bande de prétendus gauchistes, brandissant des tracts à la vérité absolue. Avaient-ils connaissance de tout ce qui se passait dans les pays dit socialistes ? Ces mêmes étudiants qui applaudiront quelques années plus tard la chute du Mur de Berlin. Ces mêmes étudiants qui aujourd’hui lisent doctement Le Monde, jetant sur leurs successeurs apprentis révolutionnaires, l’œil approbateur du paternel, espérant dans un dernier baroud sauver égoïstement leurs petits acquis sociaux.

Je me rappelle aussi ces années d’études supérieures derrière les murs haussmaniens d’une université lyonnaise, à éviter les tracts de ces petits bourgeois aux vêtements policés, vendant leur ultra-libéralisme comme je vends des chou-fleurs. Les soirées Médecine, où les futurs gestionnaires de nos grandes boîtes allaient choisir comme à la foire les écrins de leur descendance. Histoire de rester entre nous. Je me souviens de cette gueguerre à propos des profs révisionnistes. Fallait-il accepter toute cette imbécilité ambiante, moi qui n’aspirait qu’à décrocher un diplôme et me barrer d’ici le plus vite possible ? Les universités sont politisées, squatées par la haine de minorités extrêmes. Et je le regrette. Ce lieu du savoir, de la connaissance, peut-il être celui de la politique politicienne ? Cet endroit hors du monde, où nos ébullitions soit-disant intellectuelles finiront, avec le temps, à s’arrondir, à s’assagir, pour finalement n’avoir été qu’un orage de jeunesse…

Je me souviens de ces grèves d’étudiants, occasions rêvée de montrer à ces demoiselles que nous avions une conscience politique. Pendant que nos égéries corrigeaient les fautes d’orthographe sur nos tracts licencieux, nous autres les mâles, les vrais, allions renverser quatre poubelles, espérant sans doute barrer la route aux 99 % du reste de la société. J’aimais ces AG interminables, où après un accouplement furtif sous un keffieh miteux, dans un amphi enfumé, tagué et délabré, nous dégagions à grands traits une bouteille de Kiravi. Nos compagnes d’un jour doivent aujourd’hui s’en souvenir avec nostalgie, lorsqu’elles attachent Pierre-André et Anne-Lise à l’arrière de leurs BMW…

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