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Vaincre la pauvreté grâce au profit ?

Vaincre la pauvreté grâce au profit est le sous-titre de ce bouquin que je viens de terminer et qui s’intitule Quatre milliards de nouveaux consommateurs. J’ai ajouté un point d’interrogation car j’aimerais vous interpeler sur ces sujets sensibles que sont la pauvreté et le développement du tiers-monde. Je ne sais pas si c’est moi qui est pessimiste, mais j’ai l’impression que l’on en parle plus beaucoup en ce début de millénaire. Pourtant, on ne pourra pas ignorer bien longtemps le désir de ces milliards de consommateurs de vouloir accéder à la richesse (ou en tout cas au confort, même sommaire).

C.K. Prahalad est l’auteur de cet ouvrage qui a le mérite d’aborder le sujet sous un angle à la fois nouveau et optimiste. Il y décrit le BOP : Bottom of Pyramid, quatre milliards de consommateurs qui vivent avec moins de deux dollars par jour. L’auteur s’intéresse à ce qui marche dans l’économie des pays concernés, et ne cherche pas à savoir qui a raison, de la mondialisation ou pas, de l’opposition entre petits et grands, pauvres et riches. J’ai apprécié cette approche : le problème de la pauvreté doit nous obliger à innover et non à imposer des solutions. Le but est de faire en sorte que les consommateurs pauvres aient accès par eux-mêmes à un marché de produits à prix abordables, grâce notamment à la libre entreprise. Arrêtons de voir les pauvres comme des victimes ou comme un fardeau. Considérons-les comme des entrepreneurs déterminés et créatifs, ainsi que comme des consommateurs exigeants. L’innovation peut se résumer par exemple à des petits conditionnements mieux appropriés à la fois à leur mode de rémunération (à la journée) et à leur mode de consommation et de vie (au jour-le-jour). En suivant ces principes, Procter & Gamble a pénétré 90 % de ses marchés propres en vendant des dosettes.A juste titre, Prahalad rappelle qu’il est inutile de vouloir appliquer au BOP des formules économiques issues des pays développés. Il parle plutôt d’écosystème pour la création de richesses, dans lequel interviennent toutes sortes d’acteurs privés entendus au sens large : de la micro-entreprise à la multinationale, en passant par les PME, les coopératives et les ONG. L’auteur est partisan de l’idée selon laquelle les pays pauvres ne le sont pas en actifs mais en capital. Or la formation de capital local et le fonctionnement des marchés sont bloqués par l’absence d’institutions fortes et respectées. Si l’on veut dissoudre la corruption, il faudra passer par un Etat fort et respecté. A ce niveau de l’analyse, il fait référence à Hernando de Soto. Prahalad peaufine sa thèse en évoquant la notion de gouvernance de transaction : un système de lois qui permette le respect et la transmission de la propriété ; des institutions qui rendent possible l’application équitable de la loi, dans des délais raisonnables et de manière transparente. Du point de vue du citoyen, la gouvernance de transaction présente les caractéristiques suivante : accès à l’information et transparence pour toutes ces transactions ; processus clair visant à réduire au maximum la marge d’interprétation des bureaucrates.

Je suis assez en phase avec cette vision économique du développement du Tiers-Monde mais je suis déçu que Prahalad ne développe pas assez le lien avec un autre pilier indispensable du développement : l’exercice de la démocratie politique dans certains de ces pays. Comment peut-on encourager l’esprit d’entreprise lorsque la liberté est parfois bafouée ? L’avènement d’une démocratie libérale n’est-elle pas un préalable au développement économique ? J’ouvre le débat.

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