Le Roman

Jules Verne : une critique de la mondialisation avant l’heure ?

Alors c’est vrai, tout le monde aime Jules Verne pour sa prose, son esprit visionnaire et pour son « politiquement correct. » Je suis un peu en retard sur le Centenaire Jules Verne mais le personnage reste intemporel : plusieurs de ses œuvres ont inspiré des millions de lecteurs avides de découvertes et de sciences. Verne est, en quelque sorte, le cours théorique de l’école des aventuriers.

Paris au XXème siècle écrit en 1860, paru seulement en 1994 parce qu’il n’avait pas plu à l’éditeur, nous décrit une capitale envahie par l’électricité et les voitures propulsées au gaz, prospère grace aux efforts conjoints de la Finance et de l’Industrie. Le héros Michel Dufrénoy, amoureux de littérature, survit dans une société où les sciences ont pris le dessus sur les humanités classiques. Le mépris, la solitude et la faim auront raison de ses prétentions.

En 1869, Vingt mille lieues sous les mers met en évidence le paradoxe de l’homme qui veut être libre et indépendant mais qui peut aussi incarner « les effets dramatiques de la science au service du pouvoir » (Eric Weissenberg). Le Capitaine Nemo joue d’ailleurs sa rédemption en sauvant les naufragés de L’Ile mystérieuse. Echoués sans vivres ni outils, ceux-ci doivent utiliser leur intelligence et habileté pour survivre en millieu hostile. De retour en Amérique, ils voudront créer une communauté idéale. Doit-on y voir l’influence de Fourier ? Il n’en reste pas là avec l’utopie : en 1879 dans Les Cinq cent millions de la Begum, la cité France-Ville est un hymne au développement cartésien, au bonheur raisonnable et dépourvu de fantaisie que le méchant prussien veut détruire.

De la même façon, telle une parodie du libéralisme ultra qui s’auto-détruirait de ses excès, les dissensions entre les milliardaires de L’Ile à hélice feront sombrer ce gigantesque édifice artificiel sillonnant le Pacifique. « L’emprise de l’argent sur les esprits et la lutte pour le pouvoir ont anéanti le rêve », relève Philippe de la Cotardière dans Jules Verne, de la science à l’imaginaire.

Les critiques littéraires disent de Jules Verne qu’il n’a pu être à la fois diplomate, explorateur, marin, entrepreneur ou négociant et que, pour ces raisons, il a créé des personnages qui pouvaient réaliser son destin manqué.
Je pense que ce n’est pas tout à fait vrai car l’écriture est une véritable entreprise, de longue haleine, dans laquelle Verne se documentait , de façon méticuleuse, pour donner de la vérité à ses romans d’aventure. Et puis, au delà du récit, n’y a-t-il pas cette volonté, comme je le montre au travers des quelques œuvres ici choisies de montrer le monde tel qu’il est avec ses vanités et ses défauts. Jules Verne n’a-t-il pas fait, avant nos penseurs du XXème siècle, une critique avant-gardiste de la mondialisation ?

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