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Quand les Français allaient aux Indes

Jean Chardin, un homme d’affaires qui voyageait en Perse et en Indes au XVIIème siècle écrivait en 1686 : « Je n’ai rien écrit des Indes parce que je n’y ai demeuré que cinq ans ». Aujourd’hui, un bourlingueur y reste moins d’un mois et produit un opus de 200 pages. C’était l’époque où l’aventurier prenait le temps de s’intéresser aux peuples et à leur culture même si, n’en doutons pas, les intentions étaient aussi mercantiles. Chardin le Persan s’excusait ainsi : « Je n’ai rien écrit des Indes parce que […] je ne savais que les langues vulgaires qui sont l’indien et le persan, sans avoir rien appris de la langue des Brachmanes [le sanskrit], l’organe propre et nécessaire pour parvenir à la connaissance de la sagesse et l’antiquité des Indiens… ». Le voyageur de l’époque, avant de faire des affaires, avait besoin de découvrir l’histoire, la culture, la langue, la philosophie, et même la religion de ses hôtes : « Jai cru, durant mon premier voyage, que les sciences étaient nées encore plus loin, savoir dans la Chine ; mais j’ai changé d’avis depuis, sur ce que j’ai appris de la Chine, lorsque j’étais dans les Indes. »

A Surate (ou Surat), Chardin prête de l’argent aux navigateurs portugais non sans prendre de risques car il ne pouvait récupérer sa mise en cas de nauffrage : « Quand un Portugais meurt, ses héritiers le pillent ; il ne se trouve jamais de quoi payer ses dettes. […] Un gouverneur de Daman, qui nous devait deux mille écus, mourut l’an 1678, et mouru riche, laissant des vaisseaux, des terres, du comptant. Nous n’en avons jamais tiré un sou… »
Il est aussi le témoin de la façon dont la justice est rendue. Un assassin est livré à la famille de la victime : « C’est un spectacle épouvantable et dont l’horreur augmente dans le chemin, car dans toutes les rues où passe ce misérable, on l’accable de même d’injures, d’imprécations et de pierres », puis, l’assassin est proprement liquidé…

Chardin a aussi entrepris dans le commerce diamantaire indien, une activité très risquée à cette époque et qui emmenait le voyageur au Royaume de Golconde, le plus gros producteur d’émeraudes et de diamants du monde connu à cette époque. Le père Raphaël du Mans écrivait de notre héros le 22 janvier 1680 : « Nous avons nouvelles que, de Surate, vous avez pris la route de Golconde où, dans son milieu, vous aviez perdu, au péril de votre vie, deux mille roupies. »

A Golconde, Chardin évoque aussi le béozard : un amalgame de végétaux et de poils que l’on trouvait dans le corps de certains animaux et qui servait de pierre médicinale. De nos jours, seul Harry Potter, un jeune aventurier que ma cadette voudrait comme boyfriend, doit savoir l’utiliser, tout comme le musc. Celui-ci me permet de finir (provisoirement) sur une note sensuelle ! Le musc est secrété par les glandes abdominales du Moschius moschiferus, un cervidé mâle sans corne. Dans ses Six Voyages Tavernier explique que les femmes « l’enferment dans un petit linge, fait comme un petit sac, et l’appliquent dans la partie que la pudeur ne permet pas de nommer », ceci afin de « réveiller l’humeur amoureuse et pour rétablir la vigueur. »

Ca ne vous donne pas envie d’y aller « aux » Indes ?!

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